White Spirit, Philippe Chancel

“Le white spirit est un produit raffiné de la distillation du pétrole, contenant moins de 5 % de benzène, utilisé pour la dilution des peintures, vernis et encres d'imprimerie.” (…) Dubaï en argot signifie argent, l’argent issu de ce pétrole qui dégage fortement cet odeur  “d’esprit blanc”, au dessus de la ligne du désert, tel un leurre quand on murmure que l’argent n’y a pas d’odeur… 

Les photographies de Philippe Chancel, comme les bâtiments de cette ville, ont surgies du vide des étendues désertiques. Comme un mirage qui prend forme, produit dérivé symbolique de l’or noir “Le mirage n'est pas une illusion d'optique (déformation d'une image due à une interprétation erronée du cerveau) mais l'image plus ou moins déformée d'un objet bien réel.” En effet on a un doute sur l’existence de que l’on voit, aussitôt dissipé par la certitude de réalité de ce territoire historique et géopolitique. Dubaï prend forme sous nos yeux dans ces petits carrés photographiques magiques, tels des maquettes qui peineraient à donner l’impression de réalité, tant leur échelle parait irréelle et disproportionnée par leur rapport à la taille des impressions cette fois : numériques. Tout cela est bien vrai, une image stupéfiante, faramineuse, merveilleuse, phénoménale, extravagante d’un univers d’acier de verre et de béton sorties pourtant du sable d’esprits logique, trop logiques et dégageant un sentiment de malaise Ubusesque.  Quelques travailleurs masqués comme les chameliers des caravanes d’hier, se reposent à l’angle des chantiers sous  la canicule étouffante. Des passants de  blancs vêtus décapés au white spirit de la pureté standardisée, flânent dans ces centres commerciaux géantissimes et glacés; souples et élastiques dans leurs djellabas vidées d’histoire et de tradition. Bédouins contemporains passés à la vapeur des pressings du pétro-dollar, et des modes surhumanisées et occidentales, surgies du néant des cultures médiatiques et métissées.

Ces habitants : apparitions qui n’habitent qu’à peine ces lieux, qui y transitent comme des ombres légères et pures, de cette propreté de consommateur docile. De cet univers entièrement surfait et retouché, Philippe Chancel n’a rien repris, ni retouché, seulement retranché la banalité quotidienne au profit des zones de silence  de  cet esprit blanc et vide qui inspire les décorations islamiques. Il nous le livre brut de pomme, avec ce vert du végétal qui manque à l’appel de ce désert urbanisé. Seul un chameau incongru traverse une autoroute, où des palmiers rachitiques comme des guirlandes solitaires qui habillent à peine les artères oppressantes et gigantesques.  La présence humaine dans cet espace urbain s’assimile à des santons et à ces figurines de plâtres peintes de ces jardins des zones pavillonnaires des banlieues européennes, rigidifiées, insignifiantes et anonymes.

Dubaï : un parking luxueux en quête d’un souffle de vie naturel dans un territoire  sans limites, qui nous oppresse du vertical à l’horizontalité, de cette mer bleue aux confines qui  flirte avec l’horizon de béton et dont la poésie saisie par l’opérateur minutieux évince même les délires nocturnes illuminés de Las Vegas, la patrie du jeu. Ici l’on ne joue pas car le jour éblouit, même l’obscurité comme si le white spirit tombait du ciel, mirage nébuleux sur la ville et ses clichés, endormi(e)s.

Exposition du 12 mai au 3 juillet 2010



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