Risky Lines,  Bruno Serralongue

Il est symptomatique de mettre en avant ce « point de vue » : point of view, l’endroit d’où l’on voit, alors que la photographie insiste en général plus sur ce qui est vu : « le panorama »,  centré sur un punctum (selon Barthes) qui recentre l’image, l’organise autour de lui; pendant qu’il s’agit au contraire d’ouverture de la vision, vue d’un point de vue choisi et particulier chez Serralongue. On ne peut pourtant pas parler de style à son endroit, qui devrait logiquement en découler si ces angles de vue se systématisaient dans un regard signé «  de la patte d’auteur » et donc à la longue repérables, car ce dernier relève d‘effets esthétiques répétitifs, absents chez lui.
L’auteur resserre son champ de vision dans un point de vue qu’il adapte à chaque nouvelle série de rencontres. Rencontres motivées par des commandes qu’il s’accorde ou s’impose de fait, à lui même, selon ses intérêts propres du moment de son histoire personnelle. Intérêts toujours en relation avec ce qui est appelé pompeusement « problème de société » saisis souvent dans les comptes rendus de presse ou dans des lectures. Le point de vue chez Serralongue est d’obédience sociale, comme si une caméra de surveillance enregistrait à des moments donnés un bout de réalité donné en pâture aux médias. Le moi artistique inflationniste du démiurge créateur laisse la place à l’humilité scrupuleuse du témoin opérateur. C’est dans la contrainte que l’on opère le mieux à condition que les limites soient librement acceptées et c’est cette contrainte visible, cette presque maladresse des clichés serralonguiens qui forcent l’attention et rendent cette œuvre passionnante à tous égards. Un « bras cassé » surveille d’autant plus ses mouvements qu’il est conditionné par son handicap initial, Serralongue a choisi la chambre grand format, lourde et traditionnellement peu adaptée aux besoins de la prise de vues en extérieurs. Il l’a choisie sans doute parce qu’elle laisse  plus le temps au temps et à l’image issue du point of view, de s’imprégner sur le plan film. Il lâche prise en cherchant la mobilité et le confort minimum dans la technique au profit de la liberté  à l’égard du sujet

Exposition du 21 mars au 5 mai 2007


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