Nus, Denis Darzacq

Pour Darzacq, la ville n’est autre que la scène d’un ballet toujours différent, aux spectacles et chorégraphies variés, mouvants et surprenants.  Il se penche d’abord sur les festivités de la nuit, avec la série de photos Only Heaven, qu’il expose pour la première fois en 1996. Ces clichés, pris dans des endroits et des ambiances changeants, offrent au spectateur une vision interne et palpitante de divers cercles de festivités nocturnes : bals estivaux, boîtes de nuit branchées, petits bars populaires… Darzacq cible, vise et cadre des anecdotes, au moyen desquelles il effleure et met en contact des vies qui se côtoient sans se voir. C’est la même démarche d’observation de ses contemporains qui le pousse à réaliser, quelques années après, la série Ensembles : « Deux façons pour moi d’interroger notre place dans notre rapport aux autres ». Après la nuit et son caractère excentrique, Darzacq veut observer les interactions citadines qui fourmillent dans les rues des villes quotidiennement : « […] j’ai eu besoin de netteté, de précision, de jour après les flous de la nuit » Alors que la série Only Heaven semble être prise au cœur même de l’action, Ensembles offre une vision dégagée, surplombant l’activité urbaine. 

« J’ai donc fait toutes les prises de vues perché sur des toits, afin de saisir des vues avec suffisamment de hauteur dans tous les sens du terme… »   Denis Darzacq

Ainsi, Darzacq se plaît à relire nos déambulations quotidiennes en pointant du doigt (ou de l’objectif) des arabesques, des cortèges et des anecdotes qui, habituellement perdus dans le flot continu de l’activité urbaine, s’en trouvent révélés.  La série « Nus » pourrait être le dernier volet d’un  triptyque sur ses contemporains. Après avoir étudié leurs gestes, leurs attitudes, leurs habitudes et leur façon de s’habiller, Darzacq se permet ici de les mettre concrètement à nu, les transformant en authentiques éphèbes antiques, déplacés de leur contexte originel à un milieu urbain contemporain. Réaction contre une société de consommation et de conventions sociales ? Probable. A propos de la série Ensembles, le photographe remarquera, perplexe : 

« J’aurais pu appeler mes images « Nike »  ou « Adidas » tant les jeunes sont transformés en homme-sandwiches. »

Quoiqu’il en soit, Darzacq nous offre ici une œuvre déroutante, où il revient au spectateur d’interpréter et de comprendre un message profond et subtil, réflexion sur une société probablement moins libre qu’elle ne se plaît à le dire.
Du 9 mars au 24 avril 2004








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