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Maxence Rifflet

Exposition du 1er avril au 21 mai 2022

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© Maxence Rifflet, Mouvement perpétuel, 2016

Nos prisons

Pendant trois ans, j’ai photographié dans sept prisons françaises en collaboration avec des prisonniers. Je voulais montrer qu’il y a autant de peines de prisons que d’architectures particulières, mais j’avais une difficulté : comment photographier dans un système de surveillance ? Comment cadrer sans enfermer ? Plutôt que d’illustrer l’enfermement, je me suis concentré sur la description des espaces, photographier des prisons plutôt que la prison. J’ai rapidement compris que photographier dans ces lieux c’était y agir. Mon programme s’est alors simplifié : il suffirait de photographier en prison, de constituer comme sujet du travail l’exercice commun du regard. L’hétérogénéité des formes présentées dans cette exposition provient d’une attention à la singularité des situations et des rencontres.

 

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© Maxence Rifflet, Le grand Robert, 2018

De la prison aux prisons

Nos prisons : le pluriel du titre semble d’emblée devoir faire dialoguer le particulier et l’universel. Je ne dis pas « le particulier et le général » ; c’est l’opposition habituelle et elle est réductrice. L’universel « englobe la totalité des objets, des choses et des connaissances sur tous les sujets ». 

Le mot « prison » désigne à la fois un lieu et une institution. Une prison est un lieu clos où l’on enferme une personne que la société veut punir. La « privation de liberté » est la fonction de la prison comme institution. Cette institution, la prison « en général » ou plutôt « la » prison telle que nous la connaissons aujourd’hui, date du XVIIIe siècle. Maxence Rifflet l’aborde sous l’angle du « particulier ». Il y a des prisons, des lieux ; l’artiste a mené son enquête documentaire dans sept prisons françaises, marquée chacune par son histoire particulière. 

 

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© Maxence Rifflet, En appui, Rouen, 2017

Si on le compare aux enquêtes antérieures menées davantage dans l’esprit du photoreportage – comme San Clemente de Raymond Depardon ou Louisiana Prison de Leonard Freed –, ou même à mon travail des années 1980 sur Les Prisonnières, le projet de Maxence Rifflet apparaît tout d’abord soutenu par une volonté de distanciation et de spécification. Il a photographié en prison pendant plusieurs années, en consignant ses observations dans un journal à la fois visuel et textuel. Pour mener son enquête, l’artiste a choisi d’animer des ateliers photographiques proposés aux détenus volontaires. C’était un cadre, administrativement contraint, mais il lui a permis de travailler en collaboration étroite, sur des périodes longues, avec celles et ceux qui connaissent les prisons de l’intérieur. Respecter ce cadre, c’était aussi se défier de la dimension émotionnelle et en grande partie artificielle de l’enquête présentée comme immersion transgressive en milieu inconnu et interdit. Le pathos aurait pu revenir avec la dimension psychologique ou biographique du portrait, mais Rifflet ne nous dit rien ou pas grand-chose des parcours individuels antérieurs de ses collaborateurs. Il s’agit avant tout pour lui de confronter l’espace photographique et l’espace carcéral comme deux espaces à la fois mentaux et concrets (construits). 

 

L’exposition au Bleu du Ciel est la troisième forme prise par le travail, après les expositions du Centre photographique Rouen-Normandie (2019) et de Gwinzegal (Guingamp, 2020) et avant l’exposition conclusive au Point du Jour (Cherbourg, 2022). Elle coïncide avec la publication d’un ouvrage qui alterne photographies et journal, réflexions et impressions. Le livre et l’exposition montrent bien comment la fonction générique d’enfermement de la prison s’incarne en espaces spécifiques conçus en collaboration avec des architectes. Autrement dit : le plan de l’architecte conditionne la vie carcérale au même titre que les règlements intérieurs et la juridiction.

L’artiste enregistre des faits, des rencontres, des événements, dont il s’applique à trouver la forme la plus appropriée à la compréhension poétique, contradictoire, du spectateur. Il le fait sans pathos ni psychologisation. Il s’agit moins de transmettre l’expérience de la prison que de rendre compte d’une expérience photographique en prison. Le regard pénètre ces espaces circonstanciés par la lucarne photographique sans s’y sentir enfermé ou contraint. Car la photographie n’est pas seulement là pour témoigner d’un enfermement ; elle devient l’exercice commun d’une liberté. 

Gilles Verneret 

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© Maxence Rifflet
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© Maxence Rifflet

Nos prisons

Maxence Rifflet

Exposition du 1er avril au 21 mai 2022


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