photographes

karim kal

Bien que, et justement porteur d’une solide formation en arts plastiques, Karim est habité, dans ce projet, par une révolte sur le sort réservé aux classes populaires, pour la plupart issues de l’émigration musulmane, et ceci surtout à propos de leur habitat. Ce dernier se révéla peu à peu dans son regard, comme étant l’expression d’un enfermement savamment mis en place par les élites dominantes du début des années 1960. Exilés à la périphérie des villes, parqués dans des ensembles de béton sans grâce, au sein de blocs urbains sous-équipés en services publics, éducatifs et commerciaux, tout concourait, sous le fallacieux prétexte « du vivre ensemble », à marginaliser ces populations en les ghettoïsant, du fait de l’éloignement géographique et ethnique. L’esprit communautariste et la religion s’emparèrent ensuite de ces espaces de vie, livrés au constat implacable de cet abandon concerté de l’État, renforcé par le chômage galopant qui poussait sur ce terreau, et instituait ces territoires excentrés et coupés de la République. Karim Kal, courageux wanderer, armé de sa lourde chambre photographique visible par tous et interdisant la spontanéité de la prise de vue à répétition, se rendit des nuits durant dans ces quartiers pour y faire des rencontres, et surtout photographier, le plus souvent frontalement, les bâtiments et les structures architecturales de l’habitat. Il composa des images sans horizon,1 confrontées au mur de l’invisibilité, de l’obscurité consécutive à cette impossibilité de vivre sans avenir. L’ensemble trouve son efficacité, grâce à la rigueur du protocole déroulé dans ce point de vue esthétisé, dépouillé et froid comme ces façades et ces fenêtres ouvertes sur la nuit.

Antoine Agoudjian

Né en 1961 à Saint-Maur

Expositions:

« le cri du silence » – Le Bleu du Ciel – 03.04.2015 au 13.06.2015