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Centre
de
photographie
contemporaine





SOUVENIRS D'AVENIR
Brigitte Bauer
Marie Maurel de Maillé




CAR LES HOMMES PASSENT
Assia Piqueras
Thibault Verneret


En partenariat avec Moly-Sabata Résidence d’artistes Fondation Albert Gleizes
Avec le soutien du ministère de la Culture – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes





Exposition du 7 juin au 26 juillet 2019


Vernissage le 6 juin 2019 à partir de 18h30 en présence des artistes



Visite commentée de l'exposition par les artistes le 7 juin 2019 à 15h




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SOUVENIRS D'AVENIR
Brigitte Bauer
Marie Maurel de Maillé



Andante littéral sur papier musique



L’ouverture se fait élégiaque avec cette garniture rouge mélancolique, hymne aux pieds raffinés du XVIIIe libertin et magique, avant de pénétrer par deux portes : (celle de Marie ? Celle de Brigitte ?) dans le grand chantier de réhabilitation.


Dans l’atelier l’image contrecollée est manière de dire que nous voici dans la ferme, dans la maison, dans le pays. Retour à l’unique présence masculine du jeune frère, adolescent rieur et à la mère, cérémonieuse et baignée de tout ce rouge flamboyant.


Les souvenirs d’avenir à la crème qu’elle déguste posément, presque lourdement : ah mon enfant, chérie encore ma robe rouge de passage.
Nous faisons l’aller-retour entre deux époques, l’âge béni de l’innocence et ce gâteau d’anniversaire qui nous rappelle au temps qui passe : 1987, 2017...


Je revoyais alors le papillon bleu qui vole auprès des murs de la chambre, quand ma figure d’enfant se révélait dans l’argent de la photographie négative.


Dubitative à l’aube de Norvège, où mon père traversait jadis les étendues glacées. Et où ma robe vierge de l’estran fêtait mes noces. C’est la marée qui monte et qui descend et me sépare bientôt de ma vie de femme adulte, quand mon anima livide croyait encore aux infantes.

La nuée a envahi la vallée blanche des plaines allemandes, la recouvrant de tristesse, pendant que les ancêtres préparent le voyage du retour, vidant les murs nus de l’habitation abandonnée de cette mère adorée qui vogue déjà au-devant des façades de béton grises.


La grive ne chante plus, muette, hiératique, hésitante entre la lumière fluette des forêts du clair-obscur, le linge léger, froissé de la jeunesse oubliée. Tes mains sur ma nuque rassurent en vain le silence où l’éternelle belle dame surgit tel un spectre doré, renouante jeunesse, reflet noyé flottant comme Ophélie, quand la mélancolie nous raconte des histoires de batailles victorieuses et de conquêtes hardies, de territoires inconnus des rêves que l’on réanime.


Cette maman paysanne au milieu des enfants de Brueghel contemple l’horizon fermé des souvenirs d’avenir de la petite fille qu’elle est.


Gilles Verneret






CAR LES HOMMES PASSENT
Assia Piqueras
Thibault Verneret


Documentaire expérimental, 12’, 4K, 2019, France


En partenariat avec Moly-Sabata Résidence d’artistes Fondation Albert Gleizes
Avec le soutien du ministère de la Culture – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes



Mange-Garri : désert de poussière et d’eau rouges. Site de stockage des déchets industriels de l’usine de Gardanne (Bouches-du-Rhône), entreposés à ciel ouvert. Le film observe cette terre contaminée et y voit une image prospective du monde. À partir de son paysage et du constat de sa désolation présente, il fait l’hypothèse d’un fléau. Celui qui, dans un futur proche, a débordé ce territoire et s’est étendu au monde. Celui qui, dans un futur proche, a anéanti des générations d’hommes. Celui qui, dans un futur proche, constitue le terreau nocif où s’engendrent profits et hommes nouveaux. C’est-à-dire, ceux qui sont là depuis le début des temps. Ceux qui ravagent. Nous.


Origines


L’aberration environnementale que ce projet filmique examine, et sur laquelle il spécule, a son origine à la fin du XIXème siècle. L’usine Pechiney implantée à Gardanne depuis 1893 (devenue Alteo en 2012) exploite la poussière rouge de la bauxite, extraite des carrières françaises jusque dans les années 1980 puis importée de Guinée. Le traitement à la soude de ce minerai, soumis encore aujourd’hui au procédé Bayer, génère 50% d’alumine et 50% de déchets. L’alumine sert les technologies contemporaines majeures : la communication et l’image (écrans LCD), l’armement (sous-marins, bombes), le nucléaire, et la conquête spatiale (carburant pour fusées). Sa fabrication a engendré 30 millions de tonnes de boues rouges – radioactives, chargées en métaux lourds et en soude – évacuées depuis quarante ans au fond de la Méditerranée, via un pipe-line terrestre et sous-marin long de 55 km. Après plusieurs années de pression et de lutte exercées par les lanceurs d’alerte, citoyens, associations et laboratoires indépendants pour mettre fin à ces rejets, trois filtres-presses ont été créés (en 2007, 2014 et 2015) afin d’assécher les boues rouges. L’effluent liquide issu de cette déshydratation s’écoule toujours dans la fosse de Cassidaigne aujourd’hui. Il est presque transparent. On l’a débarrassé de sa couleur rouge. On l’a épuré de sa teinte mortelle. On a compté sur les instincts primaires de l’imagination pour poser cette équation : il est incolore alors il est pur.


La couleur – le rouge de l’oxyde de fer – s’est maintenue dans les boues asséchées mises en décharge sur le site de Mange-Garri, à l’ouest de Gardanne. Vue du ciel, cette zone à ciel ouvert d’une cinquantaine d’hectares est un exemple d’expressionnisme abstrait. À terre, c’est une image de fin du monde. Un lac hérissé d’arbres morts concrétionnés de boue s’étend au nord ouest des bassins. Il contient les eaux de ruissellement et de nettoyage du site. À mesure qu’on se rapproche, les pierres, les feuilles, les troncs sont couverts de poussière rouge. Par fort vent d’est, le ciel de Bouc-Bel-Air est rendu opaque par l’envol des particules. Les toits des camping-cars, les terrasses, les chaises, les selles de vélo, les chiens, les trottoirs sont rouges.


Et ce désert, quoique toxique, n’est pas condamné. Il est à vendre. Depuis plus de 10 ans, l’entreprise a fait de cette poussière rouge un produit, une marque déposée, la Bauxaline®, employée comme couverture de décharge et remblai pour la construction de routes. Elle entre également dans la fabrication de matériaux de construction et de dérivés destinés à la dépollution des sols et des eaux. Le déchet sert à l’effacement des déchets. C’est un cercle scandaleusement parfait. Malgré sa concentration en éléments radioactifs, en métaux lourds et en soude, la Bauxaline® devient un composant des nouvelles technologies du bâtiment, du génie civil et de la construction écologique. À regarder les colonnes de poussière levées par le déplacement sporadique des camions, les combinaisons blanches et les masques des ouvriers, on pourrait croire à l’ensevelissement d’une civilisation. Mais la Bauxaline® est le produit de demain. Elle servira à bâtir une civilisation nouvelle, à partir des boues desséchées de Mange-Garri.


C’est ce pari de l’homme sur sa propre destruction que le film imagine – sa manière de redistribuer infiniment le jeu jusque sur ses ruines. Des oeuvres comme Spiral Jetty de Robert Smithson (1970), La Jetée de Chris Marker (1962), Punishment Park de Peter Watkins (1971), Porcherie de Pier Paolo Pasolini (1969), constituent ses points cardinaux et inspirent son choix de mettre au jour ce qui, dans le présent, est déjà de l’ordre de l’annonce. Il s’agit d’articuler la description d’un territoire à une forme de narration eschatologique, à partir d’un matériau presque exclusivement documentaire traité de manière expérimentale. Le film cherche à faire éprouver la violence de cette entreprise humaine en prenant le parti de la couleur, comme symptôme plastique d’une gangrène environnementale et métaphysique.


Assia Piqueras, Thibault Verneret



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     © Brigitte Bauer, Marie Maurel 
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     © Brigitte Bauer 
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     © Marie Maurel de Maillé 
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     © Assia Piqueras, Thibault Verneret 
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     © Assia Piqueras, Thibault Verneret