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le Bleu du ciel — Centre de photographie contemporaine

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Centre
de
photographie
contemporaine









"Rhodanie"



Bertrand Stofleth




Exposition du 27 novembre 2015 au 16 janvier 2016

Vernissage le jeudi 26 novembre à partir de 18h30

En résonance avec la Biennale de Lyon 2015


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Territoires Rhodaniens



Confronté au travail de Bertrand Stofleth : « Rhodanie », la première impression qui d’emblée nous accroche est cette affirmation d’un point de vue globalisateur sur les territoires Rhodaniens. « Point of view » construit à partir d’un protocole rigoureux qui utilise la chambre grand format sur trépied, elle même juchée sur une nacelle. Vision étalée qui permet au regard de plonger sur ces panoramas, abordés de manière frontale, comme si le spectateur était posté sur un belvédère, qui enroule autour de lui un paysage, où le sol prend le pas sur le ciel; démarche qui marquait déjà la pratique antérieure de l’auteur.
« Point of view » renforcé par une préparation stricte étalée sur dix longues années, que l’on sent présente dans l’étude structurée que demandent ces territoires qui bordent le fleuve tout au long de son parcours, de la source en Suisse jusqu’à son delta dans le sud de la France.
Approche scénographiée qui met plus en avant la volonté de décrire des espaces localisés, que de se laisser glisser au rythme des méandres du fleuve et de son débit, tout romantisme en étant banni, de celui que charriait ces eaux grondantes et furieuses avec ces remous imaginaires surgis du passé. Elle adopte un mode de représentation documentaire presque clinique, scénographie cadrant et délimitant ces espaces minutieusement recensés, afin qu’ils puissent être décryptés, tout à la fois sociologiquement et poétiquement, en délivrant des informations géostratégiques sur un état des choses.
Constat contextualisé d’une réalité actuelle de cette région, qu’il a justement dénommée « Rhodanie », pour éviter toute dérive ontologique sur le fleuve lui-même.
Se penchant alors sur chaque image, force est de constater combien le regard est focalisé sur une scène centrale animée par un ou plusieurs personnages et parfois une foule qui sont :

- soit saisis dans leur mouvement, comme ces promeneurs des berges, ces footballeurs, ce balayeur de nulle part, ces visiteurs devant le frissonnement de la végétation rappelant les paysages de Poussin ou encore cet homme surfant sur son scooter des mers,

-soit en arrêt, apnée contemplative qui nous renvoie à la nôtre propre, devant ces paysages que nous survolons de l’extérieur, superposant notre vision à celle de ces acteurs, comme ce voyageur méditatif devant le glacier avec sa valise à roulette, ces chevaux de gardians arlésiens du cliché accueillant le touriste ou ce duo entre la monture blanche et l’auto rouge ou ceux près de l’américaine qui se photographient (le photographe photographié), et cet homme corpulent qui dévisage une vue hors du champ, dans notre direction comme un regard sur le regard!

On apprend par le photographe que ces scènes, qui ne se réduisent jamais à l’anecdote, habitées qu’elles sont du parfum du temps arrêté au delà de leur durée véritable, ont été pour quelques unes : mises en scènes et pour la plupart « performées » ou reconstituées : en imposant la pause à ce qui préexistait, qui avait été vu de visu, mais ne pouvait être prélevé instantanément du fait de la pesanteur du matériel.
Si le regard se focalise sur cette forme de punctum (envisagé comme un point central de l’image photographique) sciemment scénarisé, chaque photographie ne se limite pas à cette description unificatrice, mais recèle du fait de son format tableau, quantité de détails révélateurs à découvrir. Suite au choc primal de l’enregistrement concerté, du côté de l’opérateur comme du spectateur, l’appréhension répétitive face à toutes ces images, fait place à la dissémination et à la diversité de sens dévoilés par la curiosité, qui déchiffre peu à peu d’autres plans de lecture et de découverte. La frontalité nous entraîne alors dans une perspective ouverte jusqu’à l’horizon, à travers des routes, des chemins, des rives qui géométrisent et approfondissent la profondeur des sites. Emportant notre élan vers ces horizons lointains où le ciel s’efface ou se fait petit, devant l’entonnoir de la terre omniprésente en amont.
L’œuvre de Bertrand Stofleth oblige un vrai travail de la vue, qui doit découper et s’approprier ses espaces imaginaires, au travers d’une vision d’ensemble acquise au premier coup d’œil. Et surgissent révélées dans ces perspectives diverses, des extractions de réalités infimes, constitutives du territoire rhodanien, qui loin des mythes symboliques, enrichissent pourtant notre réflexion de documents insoupçonnés porteurs d’art, qui a un certain niveau comme l’anticipait Rimbaud, se mue en science du réel.

Gilles Verneret.