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le Bleu du ciel — Centre de photographie contemporaine

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Centre
de
photographie
contemporaine









“Jeffrey Wolin”
“Valérie Archeno”




Exposition 21 novembre 2013 - 25 janvier 2014
Journée presse résonnances 12° biennale d'art contemporain de Lyon
Vernissage jeudi 21 novembre 2013 - à partir de 18h30


Téléchargez le dossier de presse de l'exposition (.pdf)


Jeffrey Wolin



“Pigeon hill - then and now”


Indiana, Etats-Unis, 1991 2013

Les portraits de Pigeon Hill par Jeffrey Wolin se présentent comme un fascinant survol visuel au dessus du temps symbolisé par le sous titre de la série " then and now".
« Then » cet adverbe que l’on peut traduire par « alors » ou bien « à cette époque, et en ce temps là » peut l’être aussi par « ensuite », qui induit la notion « de ce qui vient après »* ; ce présent que Jeffrey Wolin intitule simplement « Now », qui fait suite au passé, et dont découle toujours un avenir**. Vingt années séparent approximativement ces deux périodes de prises de vues et divise ce travail en deux corpus d’images montrées côte à côte, tout en revoyant dos à dos leur signifié : passé et présent : then and now.

Tous ces portraits ont été pris dans le quartier Pigeon Hill*** de Bloomington - Indiana, dont la réputation de dangerosité a été et reste avérée avec son lot de criminalité, de réseaux de stupéfiants et de pauvreté récurrente. De 1987 à 1991, le photographe avec l'aide d'une bourse Guggenheim est allé photographier les habitants de ce quartier, chargeant ses photographies d’une résonance affective immédiate, d'où s’exhale une émotion particulière. Le choix du noir et blanc finit ou commence d’ajouter au malaise qui fait qu'un doute subsiste à la première vision, devant ces portraits doubles, renforçant ce tableau pourtant homogénéisé grâce à l'allure de documents anciens, comme surgis du passé, et extradés de la modernité, dont ces protagonistes font encore partie, étant toujours vivants.

En effet, au début de 2011 Jeffrey Wolin alerté par un article du journal local de Bloomington relatant le décès d'une personne rencontrée vingt ans plus tôt, a poussé sa curiosité jusqu'à retourner sur les lieux du crime photographique, afin d'y retrouver ses anciennes connaissances. Puis dans la suite de sa démarche des Vétérans du Vietnam, il a élaboré un projet artistique à dimension anthropologique et poétique, tout habité par ce sentiment visionnaire unique, d’évidence sur l’influence que possède le milieu social et environnemental sur le devenir de l’être humain; sans oublier cette impression de familiarité presque tactile au contact de ces histoires simples, touchantes ou tragiques car humaines, trop humaines.

Jeffrey Wolin non content de nous exposer les ravages de ce temps objectif sur l'image corporelle, comme dans la célèbre série de Nicholas Nixon « the Brown sisters », développe simultanément une volonté d’édification d’un récit de vie ; une sorte d’album de famille sur-ligné de chacun de ses sujets, pour lesquels il intègre dans la texture même de l’image, des phrases écrites à la main ; notations biographiques qui relatent des épisodes, souvenirs ou états d’âme de leurs vécus. Ces images légendées instituent une continuité psychologique dans ce qui n’était peut être que des moments disparates et discontinus, sans lien autre que l'identité sociale de ces individus. Donner du sens à la vie, à leur vie, constituer une mémoire signifiante à la fois pour ces personnes elles-mêmes, afin de faire perdurer leurs témoignages en les confrontant à leur propre histoire, et pour un public susceptible d’approfondir d’autres réalités, tel est le projet abouti de "Pigeon Hill" présenté pour la première fois en France.

L'opérateur témoin n’a donc jamais été indifférent aux souffrances anonymes de ses modèles, à qui il a renvoyé un miroir identitaire reconstitué ou revisité dans le récit et donc une dignité affirmée, ou acceptée : ce fameux amor fati. Et ces images quoique apparemment banales, du fait de leur contexte social, deviennent édifiantes comme le souligne simplement Jean Louis Poitevin : « Il n’est pas besoin d’être un grand devin pour savoir que ces personnes n’avaient que peu de chance d’échapper au destin que promet toute société à ceux qui sont nés pauvres. »

Mais le temps abstrait des horloges n’est pas celui du temps psychologique, ni pour les personnes photographiées saisies dans ces instants choisis et privilégiés, ni pour le regard du spectateur avec sa sensibilité perméable, heurtée, ou interrogée par les expressions muettes de ces visages devenus signifiants. Et à cause de cette confrontation par delà cet écart de temps, ce survol instantané vingt ans après, permet de recréer mentalement un récit psychique universel dans un continuum de vie.


* qui se situait dans la période de la fin des années quatre vingt entre : 1987 à 1991
** figuré dans ce travail par la deuxième décade des années deux mille : 2011 à 2013
*** On notera l’ironie de la dénomination : « la colline des pigeons » qui fait métaphoriquement référence à ces habitants qui ont été les dindons de la farce sociale entendez défavorisés par leur naissance dans ce quartier défavorisé.



Valérie Archeno



“Les défenseurs, adolescences critiques II”


Paris, 2011

Le récent travail de Valérie Archeno se divise en deux mondes, l'un est mystérieux, nocturne, peuplés de jeunes gens occupés à des rituels qui les éloignent du quotidien. L'autre est la représentation d'un peuple en marche, les Défenseurs surgissent en un flot continu, leur destin semble ici marqué par l'activité de la ville moderne que tous partagent. Ces deux mondes relèvent de traitement distinct, le premier procède d'une esthétique de la pose et de la composition, des allégories et de l'artifice, c'est un monde mental, un univers de projections. Les Défenseurs en revanche est une série qui s'inscrit dans la tradition croisée de la Street Photography revue par Beat Streuli et Philip-Lorca diCorcia. Ces deux facettes où l'humain vient à nous ou bien s'éloigne dans l'imaginaire traduisent l'ambivalence de tout rapport social.

Valérie Archeno compose avec soin des mises en scènes où les modèles peuvent apparaître sous un jour familier mais occupés à des activités singulières et étranges. Univers de rêve, à la fois paisible et tendu, d'un grand raffinement dans l'exécution de l'image, ces photographies associent le charme (au sens où on l'entend d'un pouvoir surnaturel) et le trivial (un environnement ou des tenues quotidiennes); l'ensemble s'inscrit dans une atmosphère nocturne, où l'observateur a le sentiment d'assister à des rituels, comme si, la nuit venue, les êtres croisés dans la journée venaient à révéler leurs pouvoirs magiques. Ces êtres là, souvent jeunes et beaux, comme le sont les figures mythologiques, pourraient venir d'Ailleurs. Mais ce ne sont pas des extra-terrestres, ils sont bien issus de notre monde, de nos contes enfantins et de nos rêves, ce sont des intra-terrestres.

Michel Poivert