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le Bleu du ciel — Centre de photographie contemporaine

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Centre
de
photographie
contemporaine









Valérie Jouve




Exposition du 29 janvier au 26 mars 2016


Vernissage le 22 juin 2017 à partir de 18h30



Conférence le vendredi 22 janvier à la Bibliothèque de la Part Dieu à 18h30




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« L'énigme de la nuit se casse avant de dire. à chaque mouvement des lèvres, à chaque mot jeté dans le vide, et joué sur la table... il n'y aurait pas d'échéance, pas de raison, pas de saison...pas encore, ou jamais. il y aurait encore, et déjà, la lumière, l'interruption des fleurs, le froid d'un outil, la solitude des routes. et le vide du ciel qui emporte le sens, et le rire, et le glissement d'une image contre ta joue, et la marque de l'air sur la peau, et dans l'écriture la ressassante brûlure de l'ouvert... » Dupin, in L'écoute




Rendre aux singularités leur opacité nous parait être et l'enjeu et l'émotion sensible émanant des images (fixes ou non) de Valérie Jouve. Cette idée semble paradoxale pour un travail photo-graphique, mais regardez attentivement, longuement, ces singularités que sont, chez Valérie Jouve : un pan de mur, une colline, un arbre, un passant, un individu, un dos... On y perçoit une opacité, une étrangeté, une résistance au regard, une densité de sensations. Et, peut-être, Valérie Jouve tend-elle vers cette limite : saisir ce qui échappe et résiste justement au regard.


Cette tentative a une valeur artistique et poétique, car toute image artistique dévoile moins qu'elle n'interroge l’impossibilité de la représentation, évoque plus qu'elle ne désigne. Cette tentative a une valeur politique à une époque où tous nous sommes « surexposés », surveillés, identifiés, contrôlés, soumis à la lumière étale et classificatoire des pouvoirs.


Cette opacité de l'Autre nous renvoie, en miroir, à notre propre opacité, à notre propre capacité de résistance, à l'ombre épaisse de notre propre insu (notre part d'invisible). Alors, et contre toute attente (parce qu'on la croyait plutôt dépendre du rapprochement et de la similitude... « qui se ressemble s'assemble » dit un peu idiotement le dicton), entre deux « opacités » l'événement, la rencontre deviennent possibles... « Rencontrer c'est se trouver en présence d'un autre, dont nous ne possédons pas la formule et qu'il nous est impossible de ramener au même, à l'identité du projet de monde dont nous sommes l'ouvreur […] Supposez quelqu'un qui ne vous soit pas radicalement autre, qui vous soit entièrement transparent, constitué en quelque sorte de vos propres rayons de monde...vous ne pourriez l'aimer ni le haïr parce que, faute de résistance et d'opacité, vous le traverseriez sans rencontrer personne : il ne serait pas. Et si vous-mêmes en étiez là de vous-mêmes, totalement perméables à vous-mêmes, pareils à un homme de verre si transparent qu'invisible, vous n'existeriez pas. Il faut, pour exister, qu'il y ait en vous, à une profondeur variable, cet écran opaque qui vous renvoie vos propres paroles, attitudes ou comportements...comme autres, de telle façon que, ainsi déplacés en vous-mêmes, vous dirigiez une autre expression de vous vers cet écran concave qui la réfléchira à nouveau contre vous. Cette conjonction de l'altérité et de la réalité commence à cette rencontre qu'est le sentir (humain) où quelque-chose, à chaque fois nouveau, s'éclaire à mon propre jour qui ne se lève qu'avec lui. Nouveauté, altérité, réalité émergent l'une à travers l'autre dans toute rencontre. » (Henri Maldiney, in Penser l'homme et la folie)


Reprenons notre idée sur un autre plan... Ce qui a toujours intéressé Valérie Jouve, depuis ses premières images en noir et blanc à Saint-Étienne jusqu'à ses films et images en Palestine, en passant par la rencontre photographique et quasi chorégraphique des corps et de l'espace urbain (séries Les Personnages, Les Passants...), c'est l'entre-deux.


« Dans tous mes actes, dit Valérie Jouve dans un entretien, j'aime questionner le sens par des dialogues entre les corps, entre un corps humain et un bloc bâti, entre une image et une autre, entre le corps du spectateur et le corps photographique. Cet entre-deux instable refuse l'affirmation, l'état de fait définitif ». Aussi Valérie Jouve fait-elle « danser » ses figures, aussi fait-elle se disjoindre par le mouvement suggéré les stratifications du sens. L'entre-deux se joue encore chez elle dans le montage des images, l'accrochage inédit d'une exposition, la composition d'un livre, ou les zones de frottement entre l'image fixe de la photographie et l'image en mouvement du cinéma.


Mais, afin que l'entre-deux ne soit pas simplement une « communication » entre deux éléments, une juxtaposition ou une simple différenciation, mais bel et bien l'espace d'une rencontre et d'une mise sous tension, il faut, comme le souligne le philosophe François Jullien, des écarts.
« Il faut dégager de l'entre pour faire émerger de l'autre (sinon l'autre n'est que projection ou modification de soi), cet entre que déploie l'écart et qui permet d'échanger avec l'autre, le promouvant en partenaire de la relation résultée. L'entre qu'engendre l'écart est à la fois la condition faisant lever de l'autre et la médiation qui nous relie à lui.


Car ne nous trompons pas sur ce fait : il faut de l'autre, donc à la fois de l'écart et de l'entre, pour promouvoir du commun. Car le commun n'est pas le semblable : il n'est pas le répétitif et l'uniforme, mais bien leur contraire. » (François Jullien, in L'écart et l'entre)
Dans les images de Valérie Jouve, quelque-chose ne se donne pas à voir, résiste dans l'ombre (même en pleine lumière!), se retire en se dévoilant. Le regard (de l'artiste, du spectateur) n'est alors plus un regard d'appropriation et d’accommodation, mais un risque pris dans la rencontre sensible de l'autre à l'écart de soi.



Jean-Emmanuel Denave

Lyon, janvier 2016